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Activités littéraires

Georges Anglade (1944 - 2010)

 

Georges ANGLADE est né à Port-au-Prince, le 18 juillet 1944. Il a fait ses études à Port-au Prince, d'abord à l'École normale (1962), puis à la Faculté de droit de Port-au-Prince où il obtient, en 1965, la licence en droit et un diplôme de sciences sociales. Cette même année, il part à Strasbourg. Il étudie alors au Centre de géographie appliquée de Strasbourg où il obtient son doctorat de troisième cycle, en 1969, peu après avoir obtenu une licence ès lettres de l'Université de Strasbourg.

Professeur à l'Institut de démographie de Strasbourg, de 1968 à 1969, il s’installe ensuite au Canada et demeure à l’emploi de l’UQAM, de 1969 à 2002 : professeur titulaire en 1978, il a été directeur des études avancées (1979-1981, 1985-1987) et directeur du département de géographie (1982-1983, 1984-1985). Dans le cadre de cette tâche, il a rempli les fonctions habituelles auprès du ministère de l'Éducation comme président de jury des bourses de géographie (1981,1982). Fréquemment secrétaire de la section de géographie à l'ACFAS, il a siégé au conseil de direction du Centre de recherches caraïbes de l'Université de Montréal (1977-1981), a été membre du comité international des Études créoles (1979-1981) et plusieurs fois expert international des Nations Unies en politique d'aménagement (1988, 1989, 1991, 1992, 1993). Comme chercheur, Georges Anglade a fait d'Haïti le premier de ses sujets, mais ses nombreux voyages l'ont aussi rendu familier d'autres espaces comme Cuba, la République dominicaine, le Vénézuela, la Martinique ou les Bahamas. Sa méthode : approfondissement d'un cas jusqu'à atteindre sa part d'universel, puis généralisation des méthodes et théories. La question du développement et la problématique démocratique se retrouvent ainsi au cœur de sa réflexion de géographe. Il a ainsi dirigé des travaux d'envergure, se situant au confluent de la géographie, de l'économie, de la démographie et de la cartographie.

Comme homme politique, Georges Anglade s'est engagé dans l'arène à plusieurs reprises. Anti-duvaliériste convaincu, il a été prisonnier politique en 1974, deux fois exilé (1974, 1991) et a frôlé la mort à plusieurs reprises. À partir de la chute des Duvaliers, en 1986, il a participé activement aux revendications démocratiques pour Haïti et a été, tour à tour, porte-parole et fondateur du Mouvement haïtien de solidarité (MAS,1986), auteur du Manifeste La Chance qui passe (novembre 1990), conseiller au cabinet privé du président Aristide (1993-1994), président de la Conférence Politique Internationale de Miami (1994) qui a ouvert la voie au retour du mouvement démocratique, Ministre en charge des Infrastructures du pays, aux Travaux publics, aux Transports et aux Communications (1995), conseiller au cabinet du président Préval (1996). Il s’est officiellement retiré du Palais présidentiel haïtien en 1996 pour une session à titre d'associé à la recherche à l'Université de Berkeley en Californie, avant de regagner Montréal et l'UQAM où il a entamé des travaux littéraires.

Auteur de plusieurs ouvrages scientifiques et politiques et d'articles dans les revues internationales, conférencier et professeur invité par de nombreuses universités à l'échelle internationale. À la fois théoricien et praticien de la Lodyans, genre dont le modèle remonte à Justin Lhérisson et que Jacques-Stephen Alexis désigne comme le genre littéraire propre à Haïti. Dans l’avant-propos de Les Blancs de mémoire, Georges Anglade affirmait : « La lodyans doit être classée parmi les créations collectives haïtiennes les plus significatives que sont le Vodou, le créole, la commercialisation par madansara, le compagnonnage des jardins paysans, la peinture, le marronnage, la gaguère des combats de coqs, le carnaval etc. Et cette lodyans est le mode littéraire le plus généralisé, le plus populaire, le plus ancien aussi dans l'expression du romanesque de ce peuple profond tel qu'il s'exprime en son pays profond. »

Georges Anglade s'est vu décerner la Mention d'honneur du Prix international JOSE MARTI de l'UNESCO en 1999. Ancien prisonnier politique sous la dictature duvaliériste et deux fois exilé politique par les forces militaires en 1974 et en 1991, il a été administrateur au sein du Centre québécois du P.E.N. international, président fondateur du P.E.N. Haïti et membre de l'Union des écrivaines et des écrivains québécois.

Georges Anglade et sa femme Mireille sont morts brutalement, avec d'autres membres de leur famille, enfouis sous les décombres de leur maison, lors du tremblement de terre qui a dévasté Port-au-Prince, le 12 janvier 2010.

 
Bibliographie
 

Lodyans :
Rire haïtien / Haitian Laughter, recueil bilingue de 90 lodyans de Georges Anglade. Trad. Anne Pease McConnell. Coconut Creek (Floride): Educa Vision, 2006.
Et si Haïti déclarait la guerre aux USA ? Montréal: Éditions Écosociété, 2004.
Leurs jupons dépassent. Montréal: CIDIHCA (Bibliothèque haïtienne), 2000. Outremont : Lanctôt, 2004.
Ce pays qui m'habite. Outremont: Lanctôt, 2002.
Les Blancs de Mémoire. Montréal: Boréal, 1999.

Essais :
Chronique d'une espérance; L'Hebdo de Georges Anglade (2007-2008). Port-au-Prince: L'Imprimeur II, 2008.
Le dernier codicille de Jacques Stephen Alexis. Montréal: Plume & encre, 2007.
Cartes sur table, en trois volumes. Port-au-Prince: Deschamps, 1990.
La chance qui passe – manifeste des mouvements démocratiques. Port-au-Prince : Lavalas, 1990.
Des espaces et des femmes. Port-au-Prince : PNUD et MTAS, 1988.
Éloge de la pauvreté. Montréal : ERCE Études et recherches critiques d’espace, 1983.
Atlas critique d'Haïti. Montréal: Centre de recherches Caraïbes, Université de Montréal, 1982, 80 pages, 18 cartes.
Espace et liberté en Haïti. Montréal: Centre de recherches Caraïbes, Université de Montréal, 1982.
Mon pays d'Haïti. Montréal: Presses de l'Université du Québec, 1977.
La géographie et son enseignement – lettre ouverte aux professeurs. Montréal : presses de l’Université du Québec, 1976.
L'espace haïtien. Montréal: Presses de l'Université du Québec, 1974.

Sur Georges Anglade :
Joseph J. Lévy, Entretiens avec Georges Anglade - l'espace d'une génération, Montréal : Liber, De vive voix,
2004, 269 p. ; 22 cm.

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Sources :
http://www.litterature.org/recherche/ecrivains/anglade-georges-1057/
http://www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/paroles/anglade.html

 
Hommage d'Émile Martel
 
« Quiero ser llorando el hortelano de la tierra que estiercolas, compañero del alma, tan temprano »
(En larmes, je veux être le jardinier de la terre où tu gis et pourris, compagnon de mon âme, si tôt.)
 Miguel Hernández
 
 
Je me demande pourquoi Georges Anglade occupe encore tant d'espace dans mon deuil depuis qu'il est mort, avec Mireille, des parents et des amis, le 12 janvier dernier. Je ne me suis pas habitué à son absence, pas plus que je ne m'étais vraiment habitué à ces cafés que nous allions prendre fréquemment, lui et moi, au Café Cherrier pour discuter de tout et de rien, surtout de tout et tenter de construire, autant pour le Centre québécois du P.E.N. que pour la société haïtienne et le Québec, un avenir meilleur.

Georges se définissait comme un « homme en trois morceaux » : géographe, politique, écrivain.

Après des études à l'École Normale, dont il parle avec tant de tendresse, il fait le droit et les sciences sociales, puis les lettres et la géographie à Strasbourg. Il a été ensuite l'un des professeurs fondateurs de l'Université du Québec à Montréal. Titulaire à partir de 1978, directeur des études avancées et du département de géographie à plusieurs reprises, il a pris sa retraite en 2002.

Comme chercheur, Haïti était le premier de ses sujets, mais aussi d'autres espaces de la Caraïbe. La question du développement et la problématique démocratique se retrouvent au cœur de sa réflexion. On a remarqué et on continue d'admirer son 'Atlas critique d'Haïti' (1982), 'Éloge de la pauvreté' (1983), son pamphlet 'La chance qui passe' (1990) et ses nombreuses chroniques hebdomadaires publiées ces dernières années dans le quotidien de Port-au-Prince, Le Nouvelliste.

En tant qu'homme politique, comme les lettrés de sa génération, comme les démocrates de son âge, Georges Anglade a vu et subi les horreurs de la dictature, il a pris des risques et fait des choix. Il s'est engagé de loin et s'est compromis de proche. Il a mis l'épaule à la roue et servi aussi longtemps qu'il a pu un régime qu'il avait cru de bonne foi. Anti-duvaliériste convaincu, prisonnier politique en 1974 sous la dictature, deux fois exilé (1974, 1991) et ayant frôlé la mort à plusieurs reprises, il s'est engagé physiquement dans l'arène à partir de 1986 puis dans les mouvements démocratiques qui prendront le pouvoir en 1994. Il a occupé des positions politiques officielles jusqu'à août 1996.

Comme homme de lettres, Georges Anglade est à la fois théoricien et praticien de la Lodyans, souvent vu comme le genre littéraire propre à Haïti. En témoignent ses publications littéraires: 'Les blancs de mémoire' (Boréal 1999), 'Leurs jupons dépassent' (Lanctôt, 2004) et 'Et si Haïti déclarait la guerre aux USA' (Écosociété, 2004), ainsi que son anthologie 'Les Lodyans de Georges Anglade: Rire Haïtien / Haitian Laughter – A mosaic of ninety Miniatures in French and English', édition bilingue due à Anne Pease McConnell (Educa Vision, 2006)

Dans une manière de succession à Émile Ollivier qui venait de mourir, Georges Anglade s'est joint au conseil d'administration du Centre québécois du P.E.N. international en 2002 et a mené avec succès le complexe dossier de rassembler de nombreux membres de la communauté littéraire haïtienne en Haïti et dans la diaspora pour créer en 2008 un Centre PEN-Haïti dont il était le président-fondateur.

À sa mort, des dizaines de témoignages sont venus de Centres PEN partout au monde, manifestant tristesse et sympathie, rappelant la présence brillante et joviale de Georges aux divers congrès annuels de l'organisation. On mentionnait toujours la présence de Mireille Neptune à ses côtés.

Je relis attendri ses lodyans: Ces petits morceaux d'écriture, brefs et ludiques, pleins de sagesse et d'ironie, souvent enveloppés d'une tendresse nostalgique, ne peuvent être qu'haïtiens tant ils rassemblent les mots et les gestes, les rêves et les manies de personnages du pays. Le maître d'école, la vieille-fille, les élèves de l'École normale supérieure, le boucher du village, ils sont tous là, debout dans le fond de l'église où on pleure l'arrachement de Georges et de Mireille, de leurs parents et amis.

émile martel
président du P.E.N. Québec

p.s.: Pour mieux connaître l'homme, sa vie, son oeuvre: Entretiens avec Georges Anglade – l'espace d'une génération de Joseph J. Lévy, Montréal, Liber, coll. De vive voix, 2004.


Ci-dessous, vous pourrez lire un court texte de Georges Anglade lu par les délégués du PEN Haïti lors de l'hommage qui lui a été consacré au Congrès du PEN International, en septembre dernier, à Tokyo.
C'est une version très abrégée de l'une de ses lodyans.
La lodyans est un genre littéraire singulièrement haïtien que Georges Anglade  pratiquait et dont il avait cherché les sources et ravivé l'âge d'or qui date du début du XXe siècle.


La petite malice des dimanches en prison
 
Je ne prends jamais de dessert le dimanche. J'ai mes raisons. Elles sont enfouies sous un quart de siècle, du temps de la petite malice des dimanches en prison. C'est le nom de la figue banane. (...) L'attente de ce dessert commençait dès le vendredi après-midi vers les cinq heures – après la fermeture de la salle des tortures jusqu'au lundi matin et le départ des bourreaux en week-end – dans toutes les cellules, comme l'unique signe d'humanité de la semaine distribué à midi le dimanche.

La petite malice a un taux de sucre supérieur à toutes les figues de dimension normale et cette haute concentration dans un petit volume en fait une douceur. Certains aimaient la gober tout rond, les yeux fermés pour en finir. D'autres prolongeaient le plaisir par de minuscules bouchées. qu'ils laissaient fondre en bouche. (...) Et comme jamais personne ne fut privé de petite malice en représailles, rien ne venait troubler cette longue attente des dimanches midi.

Sauf qu'après, on ne peut plus en manger. Dix ans, vingt ans, trente ans après, pas capable, pour avoir été réduit à trop attendre l'insignifiante petit malice comme un moment de grande joie.

Je ne prends jamais de dessert le dimanche.






 
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