Jean-Richard LAFOREST est né le 6 août 1940 dans la ville de Jérémie, au sud-est d’Haïti. Il reçoit son statut de résident permanent au Canada au mois de mars 1975. De 1960 à 1962, il a fait des études de Russe et du Droit international à l’Université de L’Amitié des Peuples, à Moscou. De 1987 à 1989, à l’Université de Montréal, il entreprend une maîtrise en Lettres françaises, où il présente un mémoire portant sur le romantisme et plus spécifiquement sur la vie et l’œuvre de Gérard de Nerval. Sa carrière professionnelle s’échelonne des années 1966 à 2002. Il travaille d’abord comme animateur de petits groupes. Puis, il enseigne à l’Université du Québec à Montréal, au module d’animation culturelle, en concentration théâtre. De 1985 à 1991, il occupe le poste de directeur artistique des éditions du Centre international de documentation et d'information haïtienne caraïbéenne et afro-canadienne (CIDIHCA). De 1979 à 1984, à titre de rédacteur en chef, il est à l’emploi des services des Relations publiques de la Place des Arts et de l’Opéra de Montréal. À ce même titre, il travaillera aussi pour l’Orchestre des Jeunes du Québec et pour la section Afrique-Antilles francophone de Radio-Canada International. Il participe à la création de la revue et de la maison d’édition Nouvelle Optique. De plus, il a contribué à l'évolution du collectif artistique
Kouidor. Jean-Richard Laforest a aussi publié, en tant qu’écrivain, outre une dizaine de préfaces à des ouvrages littéraires, de nombreux articles dans les journaux et les revues.
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Source : Les éditions du Centre international de documentation et d'information haïtienne caraïbéenne et afro-canadienne (CIDIHCA)
Bibliographie
Poèmes de la Terre pénible , Montréal : Équateur : CIDIHCA, 1998
Poèmes choisis, Anthologie des poèmes de Serge Legagneur , Saint-Hippolyte : Éditions du Noroît, 1997
Le divan des alternances, Montréal : Editions Nouvelle Optique, 1978
Insoupçonné, Port-au-Prince, Haïti, Imprimerie N.A. Théodore, 1960
Discographie
Pierrot le Noir, Montréal : Disques Coumbite, 1968
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Source : Les éditions du Centre international de documentation et d'information haïtienne caraïbéenne et afro-canadienne (CIDIHCA)
Hommage de Lenous Suprice
Avant 1994, j’avais connu Jean- Richard Laforest à travers ses écrits, à travers aussi ce qui s’était dit autour de son passage à «Haïti littéraire» où il a œuvré en compagnie de quelques poètes de sa génération. Après cette date, autour de la publication de mon recueil de poèmes
Faits divers aux Éditions du CIDIHCA (où il agissait comme directeur littéraire), j’ai eu l’occasion, pour une assez courte durée du reste, de le côtoyer quelque peu.
Lors des travaux menant à la publication du recueil concerné, j’ai pu bénéficier de ses judicieux conseils, de ses observations de poète expérimenté, il va sans dire…
À quelques reprises, autour d’un repas de bistrot, après la sortie de mon livre, j’ai eu le privilège de lui parler ou (j’oserais même dire) d’écouter son long silence…tant l’homme me paraissait avare de ses propos. À dire vrai, je n’étais pas, je ne le suis pas plus aujourd’hui d’ailleurs, je n’étais pas, disais-je, plus bavard que lui. À quoi s’attendre en fait de deux commensaux taciturnes, de deux poètes retenus, à un degré ou à un autre, par une certaine timidité?
Que pense-t-on de sa poésie? Laissons, pour un bref instant, cette question aux bons soins de certains connaisseurs en la matière…
À propos de son recueil intitulé Poèmes de la terre pénible, on peut lire dans
Boutures ce qui suit : «(…) Ces poèmes nous donnent plutôt un sentiment d’apaisement, de candeur et d’émerveillement : (…). Au premier abord, ce qui frappe c’est la simplicité du propos. Si bien que les poèmes se lisent comme une suite ininterrompue où l’attention ne s’attarde guère aux titres. On se laisse prendre facilement à cet alliage de l’abstrait et du concret, le concret raptant l’abstrait au vol :'
L’ellipse d’un oiseau blanc portant alors le bruit de la pensée.'
Au sujet du même recueil, un compatriote de l’auteur, Pierre-Raymond Dumas*, professeur de belles lettres, journaliste culturel, critique littéraire…, en conclusion à un article sur le concerné, dit ceci : «Poèmes de la terre pénible est un volume plein de surprises et de fruits mûrs – et on se dit qu’il serait possible de le lire sens dessus dessous, de le parcourir dans tous les sens sans jamais en éprouver de la lassitude.»
Dans
Le monde évangélique de son côté, le biologiste, chercheur, poète et critique littéraire Saint-John Kauss parle en ces termes de l’auteur:«La poésie de Jean-Richard Laforest, comme celle de Legagneur, est symbolisée par un formalisme ancré dans un tunnel.» Un peu plus loin, il s’exclame : «Quelle finesse, quelle sensibilité, quelle vigueur, quelle férocité!»
Parlant du recueil
Le divan des alternances (Nouvelle optique, 1978) de l’auteur en question, Kauss dit qu’il «nous met dans un état de sommeil, comparable à ce que les surréalistes ont appelé des 'hallucinations hypnagogiques.'»
De son côté, Pierre-Raymond Dumas**, au sujet de ce dernier livre, après avoir fait part de certaines réserves à l’endroit du style du poète, a dit qu’il existe chez Laforest «une
volonté de se concentrer beaucoup plus sur les mots que sur leurs significations courantes ou immédiates (…)»
« Ô toi qui peux entendre encore
Rêvais-je cette souple corde de soie parme
Tombée entre les grands seins offerts des lustres
Mais ô toi qui peux saisir (encore)
Songeais-je» (p.67, NDLR : Le divan des alternances)
En terminant, j’invite les intéressés à lire, ci-dessous, cet humble texte que j’ai écrit pour honorer sa mémoire à ma façon.
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* Dumas, Pierre-Raymond, Laforest : Une solennité qui sied tant bien que mal à son propos, in Panorama de la littérature haïtienne de la diaspora, L’imprimeur II, Port-au-Prince, Haïti, 2000, pp.283- 285.
** Dumas, Pierre-Raymond, Laforest : Une solennité qui sied tant bien que mal à son propos, in Panorama de la littérature haïtienne de la diaspora, L’imprimeur II, Port-au-Prince, Haïti, 2000, p. 284.
Lettre à un poète dans la forêt de ses retranchements
Cher poète, avec un peu les bons souvenirs des années 60, mais bien plus encore dans le sillage de certaines idées libératrices, certains finiront par monter «La petite folle qui plie pour ne pas se rompre», théâtre en plusieurs actes d’un auteur assez proche de chez toi, pour montrer au plus grand nombre les affres du prosélytisme et autres mésaventures sur le devenir des plus humbles.
En lever de rideau, une jeune fille, deus ex machina elle-même dans sa pensée la plus intime, debout dans une pénombre, doucement perd le nord de presque tout, parmi mille et un objets d’incertitudes, enclavée par d’anciennes et nouvelles marionnettes qui passent du froid au chaud avec plus d’aplomb que leurs manipulateurs respectifs…
Au beau milieu de la pièce, côté jardin en érosion tout du long, elle s’incruste, parmi tout un éventail d’éraillements et un grand nombre de tiraillements, s’abandonne en apparence sous une indescriptible lumière, à l’écoute de certains propos sans feu ni lieu ânonnés par de nombreux imposteurs des alentours. Pas loin, une grivoise chanson se fait entendre sans merci, reprise par de méprisables troubadours à bouches ouvertes ou pointues…
À la toute fin, côté cour nettement à la dérive, par-dessus tout, d’étranges voix, acclamant le retour d’immondes bêtes sanguinaires, d’horribles voix pour tout dire, s’élèvent de presque partout sur la scène, à l’intérieur et à l’extérieur dudit lieu aussi; des ombres en fait essaient de s’emparer de la petite, la confondant avec leur crasse opacité, mais finiront, heureux dénouement, par être abattues par leurs propres crapuleries.
*****
Quelqu’un mordra dans l’enfance inachevée la suite des choses indivisibles, fleur debout en s’élevant, après l’impensable, malgré l’odeur de fin d’un monde dans son angle bien adroit. Sa forteresse, intacte, fait et défait les gestes d’un vieux miroir, devant le soleil des tribulations, se foutant des vieilles manies qu’ont certains d’acheter la peau de l’ours avant même son exposition au chasseur.
Quelqu’un d’autre en renfort répondra aux appels du premier, rejettera bien de propos sans espoir par les
fenêtres du vent et prendra par les cornes les élans d’un réel retour à des heures moins niaises dans la durée.
Cher poète, pour apaiser certains autres parmi eux, je t’invite à leur suggérer ceci :
Ajoutez une longue barbe à votre quiétude, au lever de chaque jour, au lieu d’épiler à l’envers la faible patience de vos humeurs.
Ne laissez pas votre rage faire à elle seule la courte échelle à l’ennui, quand tout devient opprobre dans vos yeux, lorsque certains poltrons semblent vouloir vous situer beaucoup plus bas que leur petitesse.
Défendez un peu plus le territoire de l’insoumission, attachés aux arabesques de vos devanciers dompteurs d’impossibles, plus que décidés de vous enlever de la trajectoire des défaites.
Et pour saluer ton regretté départ à
l’autre bout du réel, je te dédie ce
lamento que j’ai écrit en pensant à cette ombre que tu chérissais lorsque tu peignais la vie à ta manière pas loin d’ici :
Dans une agglomération d’arbres à tout jamais perdus maintenant
par l’ultime envol
est apparue toute la démesure d’un jongleur d’images
blessé sous le bâillon d’une cicatrice au nord fixée par l’adversité.
Plus ou moins à l’écart des réels enjeux d’ici
ses correspondants
sous leurs migrantes parures
avaient tout l’air d’incompris désemparés
avec une parole empilée dans l’entier gonflement de leurs mâchoires.
L’écho de sa solitude fut bien assourdissant
même avant l’heure sans détour
sur le divan intérieur
en alternance avec ce que le désarroi
dans la grande cour aux fleurs des contraintes
laissait pousser tout autour d’un fossé en son miroir.
Lenous Suprice
En cette contrainte
Mais tes regrets, en indolence, vont seulement vains;
dans l’alcool d’un désir,
ou le front lourd,
la paume au calcul de ce tourment :
cette contrainte d’être le serf
d’une momification du vivant.
Il semblerait étrange
que la femme de ma vie soit maintenant si loin,
quand j’entendais encore ses pas
sur le seuil de l’aurore.
Parfois je la comparais moi aussi à un bateau
à sa façon de rester présente
sur la mer,
même au cœur de l’absence.
De fauves pensées aux yeux de jasmin,
sa robe claire, une branche silhouette d’eau
que redessinait le feu,
et la surprise de sa beauté
toujours comme un grand oiseau qui passe.
Comme au parfum d’un verger,
les passants de février s’arrêtaient sans doute
au souvenir de la beauté d’une rose.
J’écoutais, humble et obscur, dans l’hiver,
ceux qui attendaient maintenant ailleurs.
Et la neige comme l’ombre de ma mère
s’asseyant sur ces chaises de paille.
Les chiens des nuages s’étaient couchés là-bas,
impassibles, au seuil d’un grand soir d’huile,
sous ces étoiles arrachées
comme des cris du firmament,
- les paumes ouvertes de la solitude
sous la lumière de la lampe.
(Jean-Richard Laforest, extrait de Poèmes de la Terre pénible, Les Éditions de l’Équateur et du CIDIHCA, Montréal, août 1998, pp.150-151)