Noire défaite
Il n’y a pas longtemps, c’étaient les mauvaises actions qui demandaient à être justifiées,
aujourd’hui ce sont les bonnes.
Albert Camus
Montréal, le 21 octobre 2011. Une fois n’est pas coutume, David ne terrassera pas Goliath. Après trois années et demie de lutte pour la défense de la liberté d'expression, de la liberté de publication et du droit à l'information, les auteurs et l’éditeur de Noir Canada. Pillage, corruption et criminalité en Afrique ont dû baisser les bras devant la puissante société minière Barrick Gold et sa poursuite en diffamation de 6 M$. Devant la perspective d'un procès de 40 jours et les coûts financiers, humains et psychologiques engendrés par ces lourdes et interminables procédures, les auteurs et l’éditeur ont été obligés de retirer le livre incriminé.
L’UNEQ tient fortement à rendre hommage au courage et à la ténacité des auteurs de Noir Canada : Delphine Abadie, Alain Deneault et William Sacher, ainsi qu’à l’éditeur Écosociété et à son personnel. Forts de l’appui moral et financier de plus de 12 000 citoyens, de 500 professeurs, d’une soixantaine d’associations et de maisons d’édition et de journaux, ils ont su résister à cette atteinte à la liberté. Leurs démarches auront contribué, notamment, à l'adoption de la Loi modifiant le Code de procédure civile pour prévenir l'utilisation abusive des tribunaux et favoriser le respect de la liberté d'expression et la participation des citoyens au débat public, seule législation du genre en vigueur au Canada contre les « poursuites-bâillons ».
L’UNEQ tient également à exprimer la très grande inquiétude des écrivains devant le rouleau compresseur du pouvoir de l’argent et de l’idéologie qui frappe à des degrés divers la société canadienne. « Les forces obscurantistes continuent de déferler sur les milieux intellectuel et culturel, de plus en plus ouvertement, comme le souligne André Roy, vice-président de l’UNEQ. Le témoignent, par exemple, les coupes sauvages de différents ministères fédéraux dans les subventions allouées au Festival international de la littérature (FIL), au Wapikoni Mobile, ainsi que le projet de loi C-11 qui supprimera les principales rémunérations des créateurs», ajoute M. Roy.
L’UNEQ invite les écrivains et la population à continuer de faire circuler les 5 000 exemplaires de Noir Canada déjà vendus, à acheter rapidement ceux encore en librairie ou à emprunter les exemplaires en bibliothèque. Ceux-ci demeureront les phares de la pensée critique, les témoins éternels des menaces qui pèsent sur le livre et la pensée, du pouvoir arrogant de l’argent sur le savoir.
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Source :
Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ)
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