La situation des livres en Afrique / Québec — Chaudière-Appalaches

Par Nora Atalla

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Grande Bibliothèque d’Alexandrie, 10 septembre 2009.

Mes voyages et mes dépaysements m’ont permis de mesurer dans quelques pays la situation des livres et de la littérature francophone. Alors que le français animait les salons égyptiens et roumains dans les années 1950, aujourd’hui, c’est l’anglais qui a pris le dessus. En effet, quand j’ai débarqué en 2009 à la Grande Bibliothèque d’Alexandrie, avec dans mes bagages une trentaine d’ouvrages d’auteurs de Québec, toute fière de leur généreuse contribution, j’ai pu constater qu’il s’agissait d’une goutte d’eau dans une mer de langues. En 2011, à la Bibliothèque municipale de Curtea de Argeş, petite ville de Roumanie où je participais à un festival de poésie, les cinquante bouquins que j’apportais ont rejoint un rayon tout petit réservé à la francophonie. Les autres rayons étaient bien garnis d’ouvrages en roumain et en anglais. Y avait-il une seule personne qui allait consulter les ouvrages en français ? Même pour une seule, il me semble que le voyage en valait la peine.

En Afrique francophone, on écrit bien sûr en swahili, lingala, wolof, peule, bamiléké, etc., un peu d’anglais, d’allemand ou d’espagnol, mais c’est surtout en français que la littérature est publiée. En revanche, les livres d’aujourd’hui ne s’y rendent qu’en petit nombre.

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Bénin, 4 mars 2010.

À Cotonou, la situation au quartier général des Bibliothèques nationales du Bénin m’a tiré des larmes, et ce n’est pas une métaphore… Ça me faisait mal à l’âme de voir le dénuement des rayons distribués sur trois murs d’une minuscule pièce réservée aux livres. Les 65 ouvrages offerts encore une fois par les auteurs et éditeurs de Québec ne remplissaient même pas une étagère. À Bamako, en 2012, le centre Médina Arts et Culture venait d’ouvrir ses portes, et j’ai pu y donner des ateliers de poésie. Certes, un très bel endroit ; on y fait aujourd’hui quelques activités culturelles, mais autant dire rien en littérature. J’ai donné des ateliers aussi à l’Établissement Liberté et au Lycée Kodonso, mais force est de constater que les enfants y apprennent encore à faire des rimes.

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Douala, 29 février 2012.

À la fin de 2011, j’ai laissé à l’Institut français de Douala, autrefois appelé le Centre culturel français, une soixantaine de livres d’auteurs québécois et près de 75 à l’Institut français de Yaoundé, avec l’aide des poètes Claudine Bertrand, Isabelle Forest et Valérie Forgues, qui étaient venues en 2012 pour participer au premier festival de poésie au pays. Pour leur part, les poètes étrangers avaient offert une soixantaine d’ouvrages au Centre culturel Francis-Bebey, à Yaoundé. Quant à la Bibliothèque nationale de Kinshasa, elle compte grosso modo 6 700 ouvrages… c’est pour dire !

L’accès aux ouvrages actuels, contemporains, est très difficile en Afrique. Faute de fonds, de transport, qui sait… Voilà pourquoi les jeunes consultent encore les vieux textes pour inspirer leur poésie et continuent d’écrire en vers classiques, alors que nous les avons abandonnés depuis plus d’un siècle.

Au Sénégal, Senghor a légué à la population un héritage littéraire. Cependant, quand je suis allée donner quelques ateliers de poésie au Cours Ste-Marie, au Collège Sacré-Cœur et au Lycée Mariama Ba (Gorée), là encore, je me suis rendu compte qu’on enseignait aux jeunes la versification classique.

Aujourd’hui, la vie m’amène à faire la navette entre Québec, Montréal et le Maroc, où la situation est autre. J’ai eu le plaisir de visiter l’Institut français de Rabat, dans le quartier Hassan. Sa médiathèque est très belle et, déjà, j’ai une entente avec les responsables pour y déposer 75 ouvrages d’auteurs québécois. Il y aura une remise officielle des livres à la fin d’octobre 2016 et on a prévu d’organiser un ou deux ateliers de poésie. La médiathèque réserve plusieurs rangées à la littérature marocaine francophone et tout un coin à la littérature jeunesse; elle ne peut consacrer un rayon particulier à la littérature québécoise, mais nos livres seront là, parmi les auteurs étrangers.

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Nora Atalla

N’en déplaise à la planète, je continuerai de faire voyager la littérature québécoise, autant que possible, pas seulement pour faire rayonner nos auteurs, mais pour donner un accès à des livres neufs et actuels là où il est difficile de se les procurer.


La signataire de cet article, Nora Atalla, est la déléguée du comité Trans-Québec de l’UNEQ pour la région de Québec/Chaudière-Appalaches. Pour mieux la connaître, lisez sa présentation.
 

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