L’UNEQ au Forum de consultation sur la future politique québécoise de la culture

Le 6 septembre 2017, notre présidente, Suzanne Aubry, a présenté la position de l’UNEQ lors des consultations sur la nouvelle politique québécoise de la culture. Voici le texte de sa présentation.

Monsieur le Ministre, chers collègues,

D’abord, nous tenons à vous remercier, monsieur le Ministre, de nous avoir invités à ce Forum de consultation sur votre nouvelle politique culturelle, Partout la culture. L’UNEQ rassemble plus de 1 650 membres et œuvre depuis 40 ans à la défense des écrivains et à la diffusion de la littérature. Nous sommes d’accord avec les grandes orientations de votre nouvelle politique culturelle et saluons votre intention de faire en sorte que la culture soit une priorité gouvernementale.

Comment favoriser l’essor de la culture dans toutes les sphères de la société ainsi que l’épanouissement de notre littérature nationale ? Voici quelques pistes.

1. L’importance de la littératie

Le taux d’analphabétisme est encore très élevé au Québec. Or sans littératie, point de culture. Et la littératie commence par la lecture. Partout la culture devrait aussi signifier : la lecture partout. Lire est un acte à la portée universelle qui a le pouvoir de changer nos vies. Non seulement la lecture permet à une littérature nationale d’exister, mais elle touche également de nombreux secteurs d’activités tant sociales qu’économiques.

L’UNEQ favorise donc un maillage entre le ministère de la Culture et le ministère de l’Éducation afin de combattre l’analphabétisme. Il faut poursuivre la consolidation des bibliothèques publiques et l’achat de livres, augmenter le pourcentage d’abonnés (qui n’est que de 30 % au Québec) et renforcer le réseau des bibliothèques scolaires. L’UNEQ a organisé la Journée Lire pour réussir, qui aura lieu le 8 septembre prochain, afin de réunir des intervenants des milieux de la culture, de l’économie, de l’éducation, de la santé et des affaires sociales pour faire un tour d’horizon exhaustif sur l’impact de l’analphabétisme au Québec. Ce n’est qu’un premier pas, que nous espérons pouvoir renouveler dans l’avenir.

2. Des pratiques contractuelles exemplaires

Pour favoriser la création, il faut des pratiques contractuelles exemplaires qui soutiennent les créateurs dans leur travail et leur permettent de vivre décemment de leur plume. Or, depuis 20 ans, l’UNEQ constate que la loi S-32.01 est demeurée inopérante. Il n’y a toujours pas d’entente-cadre qui a été adoptée ; le comité L’Allier a été un coup d’épée dans l’eau. Nous ne sommes pas parvenus, malgré des échanges productifs, à une entente sur les pratiques contractuelles. Nous n’avons réussi qu’à élaborer conjointement avec l’ANEL un modèle de reddition de comptes dont l’application n’est pas obligatoire. Comme il s’agit en grande partie d’argent public, il faut trouver des moyens concrets afin que notre modèle de reddition de comptes devienne la norme dans le milieu du livre.

Dans son rapport, M. Denis Vaugeois a écrit, à la recommandation 28, qu’il souhaitait que l’« intégration de l’acquittement des droits dus aux auteurs (soit incluse) dans les conditions de maintien de l’agrément. Les règlements ne seraient corrigés que sur ce point que le présent rapport aurait été utile. » L’essentiel des problèmes rencontrés par les auteurs dans la pratique de leur métier pourrait être facilement résolu par règlement et donc, sans avoir à ouvrir les lois qui les régissent. Il ne faudrait qu’une volonté politique en ce sens.

3. Le rayonnement de la littérature

  • Parmi les écrivains qui consacrent plus des deux tiers de leur temps de travail à l’écriture, 50 % ont un revenu global inférieur à 30 000 $. Il faut consolider le soutien aux créateurs en augmentant le budget consacré aux bourses. En littérature, à peine le quart des demandes sont reçues, ce qui prive de soutien des projets fort valables.
  • Il faut donner les moyens aux créateurs de consolider leur démarche créatrice tout au long de leur parcours en encourageant la formation continue (par exemple avec notre plateforme L’auteur autonome).
  • Il faut continuer à soutenir et à développer les liens entre les écrivains et leur lectorat (rencontres en bibliothèques, en librairies, salons du livre, etc.)
  • Il est vital de mieux soutenir les écrivains en région et la diffusion de leurs œuvres.
  • Il faut également mieux assurer la présence d’écrivains à l’international afin de favoriser la diffusion de leurs œuvres dans d’autres marchés. En plus du financement des déplacements des auteurs à l’étranger, il faudrait mettre sur pied un centre de traduction qui permettrait de percer les marchés les plus intéressants commercialement pour la littérature québécoise, c’est-à-dire les marchés hispanophone, anglophone et germanophone. Ce centre desservirait auteurs, agents littéraires et éditeurs disposant de contacts avec des maisons d’édition liées à ces marchés. L’UNEQ a élaboré un projet en ce sens que nous serions heureux de vous soumettre.
  • Le gouvernement doit maintenir ses licences avec la société de gestion Copibec, qui permet aux auteurs et aux éditeurs de recevoir leur juste part de redevances lorsque les œuvres sont reprographiées dans les écoles primaires et secondaires, et doit aussi encourager les cégeps et les universités à signer de telles licences.

4. Innovation et pérennité

  • L’apparition du numérique a révolutionné le monde, au même titre que l’invention de l’imprimerie. Tout en permettant une diffusion extraordinaire des œuvres et de projets innovants, Internet favorise également l’utilisation gratuite des contenus. Or la diffusion des œuvres ne doit pas signifier qu’elles sont gratuites.
  • Comme le numérique n’est pas inclus dans la loi du livre, il est essentiel d’en encadrer les pratiques contractuelles. En France, la Société des gens de lettres (SGDL) a réussi à négocier un accord-cadre avec le Syndicat national de l’édition.
  • L’UNEQ appuie l’innovation, mais il faut s’assurer que les créateurs puissent compter sur un régime de droit d’auteur qui leur assure les revenus auxquels ils ont droit. Nous demandons au gouvernement du Québec d’appuyer officiellement les demandes des associations d’artistes concernées par le droit d’auteur à l’occasion de la prochaine révision de la Loi sur le droit d’auteur.
  • Il faut également assurer la pérennité de certains projets innovants de l’UNEQ (comme Opuscules et L’auteur autonome) et soutenir également les contenus alimentant ces projets.

Monsieur le Ministre, je vous remercie de votre attention et j’espère, au nom de l’UNEQ, que nos propositions recevront toute votre attention.
 

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