Lettre d’André Roy à Ensaf Haidar

Chère Madame Haidar,
Chers amis,

 

L’Union des écrivaines et des écrivains québécois ne pouvait qu’être présente ici pour souligner le combat pour la liberté d’expression que mène Ensaf Haidar depuis trois ans aux côtés de son mari Raif Badawi qui a été condamné, par un chef saoudien, à la prison et à la flagellation pour apostasie et insulte à l’islam, avec depuis mars dernier à une possible peine de mort. Depuis la famille de Badawi a été soumise à de nombreuses tracasseries et a dû s’exiler au Québec, dans la ville de Sherbrooke.
Madame Haidar, l’UNEQ, comme les nombreuses organisations pour la défense des droits de la personne dans le monde et au Québec, telles que le P.E.N. et Amnistie Internationale ici et ailleurs, croit que la liberté d’expression, quels que soient les pays, les gouvernements, les religions, est inviolable, intouchable, indiscutable. Les écrivains ne doivent cesser de dire et d’écrire cette vérité élémentaire : que la liberté de s’exprimer, de critiquer, d’écrire, de créer est une valeur universelle. Et que le combat pour cette liberté sous toutes ses formes est essentiel pour que nous puissions vivre libres, tout simplement. Nous devons être contre la censure, les interdictions, les condamnations pour outrages et blasphèmes. Contre l’injustice, le fanatisme, la violence idéologique. Qu’elle soit sceptique, irrévérencieuse, critique, la liberté est un acte d’amour, et elle fait partie de l’acte d’écrire qui est également celui de la compréhension, de la sympathie, de la compassion. Son lieu est celui de la lutte contre l’intolérance, l’ignorance, la peur. Celui de l’imagination, de la jubilation, de la joie. Il faut se battre pour cela. Il faut se battre contre le fait qu’on puisse emprisonner quelqu’un, le torturer, le tuer à cause de ses idées et, en particulier, contre l’instrumentalisation d’une religion qui a pour effet d’imposer une limite à la pensée, comme cela se fait dans un pays comme l’Arabie saoudite. Il faut la liberté, il faut que tous ceux et toutes celles qui pratiquent l’écriture y croient et la défendent. Pour que la création soit cet acte incroyable, exceptionnel, unique. La création a les mêmes vertus que la vérité, et la vérité a les mêmes vertus que la liberté.

Chaque fois qu’il y eut atteinte à la liberté d’expression et de création, l’UNEQ s’est levée et a défendu les victimes. Je me rappelle le moment important que j’ai vécu avec l’UNEQ lorsqu’il s’est agi de la fatwa contre Salman Rushdie et ses Versets sataniques. Depuis, je me le rappelle, nous n’avons cessé de lutter pour cette liberté expression, avec des organismes comme Amnistie internationale. Nous participons à des événements comme « Livres comme l’air ». Il faut constamment être vigilants, ne pas baisser les bras. Se rappeler que tous les jours des écrivains, des poètes, des chansonniers, des gens de théâtre et de la danse, sont emprisonnés, torturés, exécutés, et que leurs œuvres sont interdites. Vendredi encore, le poète palestinien Ashraf Fayad a été, comme Raif Badawi, condamné à mort pour apostasie par un tribunal saoudien. Il faut encore et toujours rappeler que des opposants, des blogueurs, des journalistes sont tous les jours, partout dans le monde, condamnés à la prison et à la mort sans réel procès et sans raison.
Pour cette liberté incontournable, nécessaire, impérieuse, vous êtes, Madame Haidar, une personne inestimable, et l’UNEQ est fière de vous rendre ici hommage. Merci, encore merci.

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