Entrevue avec Nora Gaspard, blogueuse et écrivaine en résidence à Montréal

« Je crois énormément au pouvoir de l’imagination.
Il n’est pas nécessaire de tout décrire, tout évoquer, tout expliciter.
J’essaye d’obliger le lecteur à participer à ce qu’il lit
et qu’il fasse partie intégrante de l’expérience de lecture. »

Propos recueillis par Maya Ombasic

 

Dans le cadre de l’échange de résidence d’écrivains entre Wallonie-Bruxelles et CALQ, l’UNEQ est heureux d’accueillir la blogueuse et écrivaine Nora Gaspard. Elle sera parmi nous entre 15 mars et 14 mai 2016, le temps de terminer son nouveau roman Peaux d’Hommes et d’apprivoiser la lumière de Montréal…

 

Nora_PhotoMaya Ombasic Nora, votre plume est qualifiée d’érotique, mais vous vous méfiez de cette étiquette. Pourquoi ?

Nora Gaspard Je me méfie parce qu’en Europe, on associe cette littérature soit à la pornographie soit aux romans à l’eau de rose. Lorsque j’ai décidé d’aborder le sujet à partir de mes propres sensations, je ne trouvais pas de texte à la hauteur de mon expérience. L’idée m’est donc venue d’aller plus loin afin de montrer à quel point le désir, l’émotion, le plaisir et la sensualité font partie intégrante de ce que devrait être inclus dans une littérature érotique. Donc une littérature beaucoup plus riche, versée sur le senti, le non-dit, l’effleuré et le pressenti.

M.O. Justement, comment vous vous y prenez pour proposer un autre regard sur l’érotisme dans la littérature ?

N.G. Je crois énormément au pouvoir de l’imagination. Il n’est pas nécessaire de tout décrire, tout évoquer, tout expliciter. J’essaye d’obliger le lecteur à participer à ce qu’il lit et qu’il fasse partie intégrante de l’expérience de lecture. La meilleure façon d’y arriver, selon moi, c’est de lui laisser le temps et l’espace nécessaires. Je peux proposer une image évocatrice sans tout lui dire, car son propre désir et sa faculté d’imaginer la suite vont faire le reste. Il faut donc laisser beaucoup de blanc entre les lignes.

M.O. Pour y arriver, vous faites aussi appel à plusieurs supports et plusieurs techniques. Dites-nous pourquoi.

N.G. Premièrement parce que le désir est multiple et varie d’une personne à l’autre. Quand je dis désir, je me réfère forcément au corps. Chaque corps est différent, dans sa façon de désirer et d’être désiré, mais aussi dans le rapport qu’il a à lui-même. C’est pourquoi j’aime utiliser la photographie pour multiplier cette expérience du corps et du désir. Par exemple, dans le livre sur lequel je travaille en ce moment, Peaux d’hommes, je photographie la nudité masculine qui, lorsqu’elle se laisse prendre dans la pureté d’une lumière naturelle, dévoile toute sa fragilité et toute sa magnificence. Après, je mets mes propres mots sur l’image qui me parle le plus. Mais au départ, c’est le modèle qui décide de me raconter sa propre histoire à travers son corps.

M.O. À force de multiplier les supports (blog, photo, papier), ne pensez-vous pas que le désir s’estompe ?

N.G. Non, au contraire. Chaque support a son propre rapport au désir. Lorsque j’écris des tweets, la technologie m’oblige à aller à l’essentiel, de raccourcir, de viser le cœur de l’émotion, de ciseler, de circoncire. C’est une excellente autodiscipline. La photographie, dans son rapport à la lumière, dévoile d’autres facettes du désir. Le papier, quant à lui, parle une autre langue, celle où le toucher mène le jeu…

M.O. C’est votre première visite en Amérique du Nord. Quelle est votre première impression ?

N.G. La lumière, justement. Elle est très différente de celle en Belgique. Chez moi, j’aimais écrire et prendre les photos très tôt le matin. Ici, c’est vers 11 h qu’elle m’inspire le plus. Il me reste à découvrir la fragilité des peaux dans cette nouvelle lumière. Mais je suis là pour ça et j’ai déjà plusieurs projets sur la sellette. J’ai aussi remarqué la diversité des peaux dans la rue. Vous savez, en Belgique, c’est très homogène et très blanc. Ici, je suis frappée par la mosaïque des couleurs que je croise. Je sens que je suis sur le point de découvrir un monde vraiment nouveau. Et c’est très excitant !
 

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