Mot de la présidente – mai 2016

Google en mai

Joli titre, n’est-ce pas ? (Louis Malle serait content : son Milou en mai m’inspire). Malheureusement le synopsis auquel je fais référence est plus sombre : la Cour suprême des États-Unis n’a pas jugé bon d’entendre la cause qui opposait les écrivains américains (la Authors’ Guild) au géant Google, et a entériné du coup le jugement de la cour d’appel qui considérait comme du Fair use la numérisation de 20 millions de livres qui seront offerts aux utilisateurs sans rémunérer les auteurs. C’est une bonne nouvelle pour Google qui risquait, en cas de condamnation, d’avoir à payer des milliards de dollars en dommages-intérêts. Une moins bonne nouvelle pour les ayants droit qui contribueront à leurs frais à l’enrichissement culturel de la collectivité… Ce qui nous amène à un autre titre inspirant : Chronique d’une mort annoncée, celle du droit d’auteur, cette fois-ci. Pas sûre que Marquez aurait apprécié.

Depuis que la culture n’est plus qu’une industrie qui enrichit principalement ceux qui en font l’exploitation plutôt que ceux qui en sont les artisans, il semble que même les institutions dont la mission première est de collaborer à son développement se désintéressent des créateurs. Ainsi, la Société Radio-Canada qui, précise-t-elle dans l’énoncé de sa Politique, devrait « contribuer activement à l’expression culturelle et à l’échange des diverses formes qu’elle peut prendre » vient de mettre un terme à l’émission Lire diffusée sur sa chaîne culturelle Artv. On ne traitera donc plus du livre à la télévision de Radio-Canada. De son côté, l’Université Laval continue d’accumuler les dépenses en frais juridiques dans une cause qui l’oppose à la société de gestion Copibec pour éviter de payer les auteurs et les éditeurs dont elle copie les œuvres et lance en même temps une campagne de financement de 350M$ où elle se présente comme un « moteur de progrès ». Cherchez l’erreur. (Pour y voir clair : un article limpide de Georges Azzaria, professeur à la Faculté de droit de l’Université Laval  http://www.ledevoir.com/culture/livres/435443/droit-d-auteur-faut-il-vraiment-blamer-copibec

Et que fait l’UNEQ dans tout cela ? Elle continue d’offrir une panoplie de services tout en tâchant de se débrouiller avec un « resserrement de structures administratives », pour reprendre les termes de l’ancienne ministre de la Culture, Hélène David, qui lui a imposé une compression de 19 500 $ en juin dernier. Le problème, c’est que nos structures administratives sont tellement resserrées qu’on ne peut plus rien en tirer. Il faudra donc dorénavant nous tourner vers de nouvelles sources de revenus. Pour en discuter, le conseil d’administration a tenu un lac à l’épaule le 26 avril dernier. Les décisions qui y ont été prises vous seront transmises sous peu et certaines seront présentées aux membres réunis en assemblée générale en décembre prochain.

Pendant ce lac à l’épaule, nous nous sommes aussi penchés sur le fonctionnement du comité Trans Québec. Les écrivains en régions forment près de la moitié de nos membres et c’est pour répondre à leurs préoccupations que nous avons créé au c.a. le poste de représentant des régions et procédé à l’élection de délégués des régions. Avec le temps, nous sommes arrivés à la conclusion que cela ne suffisait pas et qu’il fallait établir nous-mêmes des contacts avec des élus régionaux, des médias et des bibliothécaires de manière à ouvrir la voie à ces délégués pour qu’ils puissent ensuite établir des contacts qui leur permettront éventuellement de mettre en place des activités correspondant à leurs besoins spécifiques. Nous aimerions aussi nous rendre plus souvent dans les salons du livre du Québec, voire arriver à les couvrir tous sur une période de deux ans. C’est une nouvelle façon de définir le rôle de l’UNEQ dans les régions, que nous croyons plus dynamique et espérons plus efficace. Le territoire du Québec est vaste et il n’est pas facile de demeurer en relation étroite avec les écrivains qui travaillent dans des régions éloignées du centre et font face à des enjeux qui leur sont propres. Une meilleure connaissance de ces enjeux nous amènera à pratiquer un lobbying mieux ciblé auprès du CALQ. À suivre.

J’espère que vous avez fait vos délices de la Journée internationale du Rire, qui a lieu chaque année le premier dimanche de mai. C’est déjà passé, mais si vous avez oublié, il est encore temps de vous reprendre. Une occasion à ne pas manquer…

Danièle Simpson

2 commentaires sur “Mot de la présidente – mai 2016

  1. katia lemieux

    Vous avec ce talent à décrire les évènements, dégageant à chaque fois le sable qui bloque l’engrenage. Vous exprimez pour les auteurs ce que nous ne pourrions dire sans devenir émotifs et même si cela fait partie de votre mandat, je tiens à le souligner car sous votre plume, je sens la force de la résistante et de la conviction profonde indispensables pour défendre les droits des écrivains. Merci à vous Danièle !

  2. Christian Girard

    À quoi bon de s’acharner à écrire si on ne peut pas récolter le fruit de notre travail… Je désire m’inscrire comme nouvel écrivain de langue française.

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