Mot de la présidente — mars 2017

Par Réjane Bougé, présidente de l’UNEQ

Chers collègues,

Photo : Christiane Desjardins
On connaît l’adage qui dit qu’un malheur n’arrive jamais seul, adage qui souvent s’avère. Mais il arrive aussi, fait beaucoup plus rare, que deux bonnes nouvelles puissent débouler l’une après l’autre. Cela mérite d’être souligné et d’y revenir ! Car, dans un cas comme dans l’autre, vous en avez peut-être déjà entendu parler.

Chronologiquement, je commencerai donc par l’annonce de la Cour d’appel, le jeudi 9 février dernier, du fait que Copibec, la société de gestion collective de droits d’auteur qui vous remet annuellement à vous, auteurs, des sommes pour des droits de reproduction de vos œuvres, peut désormais engager un recours collectif contre l’Université Laval. Ce jugement de la Cour d’appel renverse d’ailleurs, notez-le, celui de la Cour supérieure établi précédemment. (Voyez le communiqué de Copibec.)

L’Université Laval, vous vous en rappellerez, a décidé d’interpréter la notion « d’utilisation équitable&nbep;» en éducation, introduite dans la Loi sur le droit d’auteur en 2012, de manière à ne plus verser de droits de reproduction à Copibec et conséquemment aux auteurs et aux éditeurs. Après avoir créé son propre Bureau du droit d’auteur de même que sa Politique d’utilisation de l’œuvre d’autrui, l’Université permettait qu’on reproduise jusqu’à 10 % d’une œuvre sans que les auteurs ne soient rétribués. Ce manque à gagner a été évalué autour de 450 000 $ à 600 000 $ par Copibec, alors que la poursuite tourne, elle, autour de 4 millions $ pour redevances impayées, dommages moraux et dommages punitifs.

L’Université Laval est la seule université québécoise qui a décidé d’emprunter cette voie. Les appuis dans ce dossier ont fusé de partout au Québec, bien sûr, mais aussi en provenance d’éditeurs et d’auteurs européens. Je tiens à rappeler que deux membres du conseil d’administration de l’UNEQ font partie du conseil d’administration de Copibec, soit André Roy et Danièle Simpson. C’est dire qu’il s’agit d’un dossier à l’intérieur duquel l’UNEQ a été très active depuis mai 2014, date à laquelle Laval s’est retirée de l’entente. La bataille s’annonce longue, mais l’embellie est encourageante. (Voyez notre dossier.)

L’audience pour ce jugement s’était tenue le 23 novembre dernier à Québec. On ne sera nullement surpris d’apprendre qu’un certain Claude Robinson était alors dans la salle pour l’entendre. Celui qui s’est battu pendant 20 ans pour faire valoir ses droits est extrêmement sensible à tout ce qui touche la propriété intellectuelle et le droit d’auteur. Si on le savait engagé, déterminé et solidaire, on n’est nullement surpris de le découvrir généreux car, bien que n’ayant pas encore récupéré toutes les sommes qui lui sont dues et que des procédures soient encore à venir dans son dossier, Claude Robinson a voulu, d’ores et déjà, redistribuer le solde du fonds constitué pour l’aider dans sa bataille de manière à soutenir d’autres créateurs à son tour. Au total, six fondations d’artistes reçoivent donc chacune 15 000 $, les scénaristes (SARTEC), les réalisateurs (ARRQ), les artistes en arts visuels (RAAV), les musiciens (GMMQ), les concepteurs de scène (APASQ) de même que les écrivains (UNEQ).

La deuxième bonne nouvelle, c’est que cette somme sera versée au fonds de secours Yves-Thériault de notre association. Ce fonds, qui existe depuis 1983, est maintenant géré par la Fondation des artistes de l’UDA depuis 2013, date à laquelle il est devenu une entité légale distincte. Constitué au fil des ans par diverses donations, il cumule un peu plus de 100 000 $, un capital réservé puisque c’est à même les intérêts qu’il génère que des prêts et des dons d’un maximum de 1 500 $ sont octroyés pour aider les auteurs dans des situations d’urgence.

Quant à Claude Robinson, je rappellerai qu’il est devenu membre d’honneur de l’UNEQ en 2016, après qu’on a eu modifié nos règlements pour qu’un membre qui ne soit pas écrivain puisse en faire partie. J’ai été très fière de signaler, lors de la remise de ces sommes, que Claude Robinson a été élu membre d’honneur par vous, membres de l’UNEQ, et qu’il ne s’agissait pas d’une décision relevant strictement du conseil d’administration. Nous comptons parmi nous un être d’une rare authenticité et dire de lui qu’il est inspirant relève de l’euphémisme.

De Cuba à Gatineau

La Feria internacional del libro, la Foire internationale du livre de La Havane, une Foire extrêmement populaire — on parle de 600 000 visiteurs — étalée sur dix jours, se tenait au début de février dans un lieu magique, la Fortaleza de San Carlos de la Cabaña. Si le Canada était à l’honneur avec des auteurs invités tels Rawi Hage, Madeleine Thien ou Margaret Atwood, le Québec disposait d’une vitrine de deux journées avec une représentation de 30 artistes, auteurs et professionnels, journées qui se sont ouvertes sous la houlette de Maya Ombasic, officiant comme maître de cérémonie. Des auteurs de la relève, parmi lesquels Rose Elciery, Frédérick Lavoie, Laurence Leduc-Primeau ou des auteures confirmées dont Louise Desjardins et Jocelyne Saucier en étaient. Pour ma part, j’y étais pour parler des possibilités offertes par le numérique bien que ce sujet soit quelque peu paradoxal dans un pays où l’on peine à établir une connexion Internet.

Les livres à Cuba se vendent à des prix qui nous semblent très bas, l’équivalent de 50 cents, mais n’oublions pas que les salaires des Cubains sont à l’avenant.

Grâce également à des films, chansons et une exposition de bande dessinée québécoise, l’événement a connu un bon retentissement dans les médias du pays. La ministre des Relations internationales et de la Francophonie du Québec, Christine Saint-Pierre, y a fait l’annonce de l’ouverture imminente d’un bureau du Québec à La Havane, dans le courant de l’année 2017, la date n’étant cependant pas encore fixée. Les liens se resserrent donc toujours depuis la visite de Philippe Couillard, à Cuba, en septembre 2016, des liens qui se veulent économiques, certes, mais aussi culturels. Des résidences d’écrivains seraient une excellente formule d’échanges que nous mettrons de l’avant en temps et lieu.

En réponse à la volonté de mieux soutenir les membres de l’UNEQ en région, dont je vous ai déjà fait part, le directeur de l’UNEQ Francis Farley-Chevrier et moi-même avons participé, les 24 et 25 février, à la rencontre d’auteurs et d’acteurs engagés sur la scène littéraire de l’Outaouais. Le Salon du livre de l’Outaouais (la capitale du slam, on me l’a rappelé à plusieurs reprises) est également un salon très fréquenté.

Quant à l’Association régionale des auteurs de l’Outaouais qui compte deux cents membres, elle est une des deux associations régionales à être soutenue au fonctionnement par le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) en 2015-2016. Ce travail de terrain, très bien préparé par notre représentant pour le territoire du Nord-Ouest, Michel Côté, nous aura permis d’amorcer des dialogues qui ne pourront que se poursuivre grâce à des idées de développement fructueuses.

Nous y avons aussi appris que Guy Jean avait obtenu une rencontre avec Greg Fergus, député libéral de Hull-Aylmer, en lui faisant parvenir notre lettre de novembre dernier au sujet de la Loi sur le droit d’auteur. C’est la première fois qu’un député donne suite, autrement que par l’accusé de réception officiel, à une des lettres que Guy Jean a envoyées comme membre de l’UNEQ. Cela prouve hors de tout doute que nous avons besoin de chacun d’entre vous !
 

  1. Émile Roberge

    Lors d’un voyage récent au Portugal, j’ai été agréablement surpris de constater de la place faite aux poètes à Lisbonne. En plein centre-ville, des places importantes de portent les noms des poètes Camoes et Chialdo. La statue géante de ce dernier domine la place et tout le quartier qui porte également son nom. D’autres poètes sont immortalisés dans le bronze, tels Ribiera et Pessadodes. Que de villes européennes il faudrait citer. Je pense à Salamanque , avec la place du Poète Iglisias, la plus importante de la ville; puis à l’émouvante statue du poète Ledesma près des remparts de la ville.
    Et chez nous… on efface le nom de Crémazie de notre carte électorale. Heureusement, notre poète national, trône au Carré Saint-Louis, où ont vécu Miron, Godin et Nelligan.

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