Subvention de recherche pour le Comité Égalité hommes-femmes en littérature de l’UNEQ

par Danièle Simpson

La création du Comité Égalité hommes-femmes de l’UNEQ, à l’automne 2016, avait suscité beaucoup de réactions positives, et peut-être aussi beaucoup d’espoir. Allions-nous, à l’instar des femmes en cinéma qui ont obtenu de la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC), de Téléfilm Canada et de l’Office national du film du Canada (ONF) un plan d’action pour atteindre la parité, pouvoir renforcer la présence des femmes en littérature à toutes les étapes d’une carrière, depuis l’aide à la création à l’enseignement des œuvres, en passant par l’édition, la réception critique, l’obtention de prix ?

L’appui financier du Réseau québécois en études féministes (RéQEF), qui a permis l’embauche d’une doctorante en littérature, Charlotte Comtois, supervisée par une membre du comité, Isabelle Boisclair, professeure de littérature à l’Université de Sherbrooke, contribuera en tout cas à chiffrer cette inégalité.

L’objectif de la recherche est de dresser un portrait de la situation afin d’évaluer la disparité et de la quantifier de manière à mieux la comprendre ; il s’agit de démontrer les effets tangibles du biais de perception qui favorise les œuvres des hommes au détriment de celles des femmes (en littérature comme dans toutes les autres sphères d’activité, d’ailleurs). L’importance des statistiques est évidente lorsque l’on veut cerner une situation et faire voir que des forces dont on n’a pas conscience sont à l’œuvre.

Isabelle Boisclair (photo : François Lafrance)

Avant de déposer une demande de financement au RéQEF, les membres du comité, qui étaient alors Isabelle Boisclair, Louise Dupré, Rodney Saint-Éloi, Jonathan Lamy, Christian Guay-Poliquin, Pierre-Luc Landry (éditeur), Marie-Ève Blais (libraire) et Danièle Simpson, ont tenté, vaille que vaille, d’obtenir des informations sur le nombre de femmes à toutes les étapes de l’évolution d’une carrière. Ils se sont vite rendu comte qu’il fallait plutôt lancer une recherche sur des bases scientifiques, et donc crédibles, à laquelle chacun pourrait contribuer dans la mesure de ses moyens, mais dont la responsabilité incomberait à une personne rompue à ce genre d’exercice. Dans ce cas-ci, il s’agit d’Isabelle Boisclair, dont la thèse de doctorat portait sur l’entrée des femmes dans le champ littéraire et qui dirige depuis plusieurs années des thèses de doctorat en études littéraires féministes.

Le comité a donc été ravi d’apprendre que le RéQEF lui octroyait une somme de 8 000 $ pour mener à bien cette recherche dans le cadre de sa programmation scientifique. Il s’est engagé à tenir à terme une activité de transfert des connaissances en dehors de la région où le travail a eu lieu, c’est-à-dire en dehors de Montréal. La méthodologie de recherche comporte les éléments suivants :

  • décompte des subventions accordées dans les programmes d’aide à la création — et autres programmes — selon le sexe ;
  • sondage et entretiens auprès des maisons d’édition sur la proportion de manuscrits d’hommes et de femmes reçus et publiés ;
  • analyse d’un échantillon de catalogues d’éditeurs québécois ;
  • sondages et entretiens auprès de libraires à propos des livres mis de l’avant dans leurs magasins et des conditions de cette mise en valeur de la littérature ;
  • analyse de présentoirs dans diverses librairies ;
  • décompte de la proportion de l’attention médiatique consacrée aux hommes et aux femmes dans un échantillon de publications (cahiers littéraires et magazines littéraires), en tenant compte du sexe des recenseur·e·s ;
  • décompte de la proportion des prix littéraires octroyés selon le sexe des auteur·e·s ;
  • décompte de la proportion d’hommes et de femmes parmi les jurys littéraires ;
  • décompte de la proportion d’hommes et de femmes dans les corpus enseignés de quelques cours ciblés au collégial et à l’université, en tenant compte du sexe des professeur·e·s.

Dans un deuxième temps, les résultats de la recherche seront analysés puis diffusés sous plusieurs formes. Ils serviront à développer des outils de sensibilisation et de promotion à l’égalité accessibles au plus grand public possible.

Après avoir exploré plusieurs idées sur la façon de diffuser les résultats de la recherche, il a été proposé de le faire à l’occasion de rencontres avec des professionnel·le·s de diverses régions du Québec en collaboration avec des représentant·e·s de ces régions à l’UNEQ. La forme que prendront ces rencontres n’a pas encore été définie. À suivre.

Au cours de la dernière année, le comité s’est transformé… et a perdu sa parité initiale hommes-femmes, mais pas son enthousiasme ni sa détermination à aller au bout de cette réflexion. Ont quitté le comité : Christian Guay-Poliquin et Marie-Ève Blais, parce que leur horaire était trop chargé, et se sont jointes à nous Maude Nepveu-Villeneuve, Mélikah Abdelmoumen et Karine Rosso (libraire).

Voici le mandat que s’est donné le comité :

Le mandat du Comité Égalité de l’UNEQ est de réfléchir aux inégalités entre les hommes et les femmes dans le monde du livre, de sensibiliser les intervenants·e·s à ces inégalités et de promouvoir une plus grande équité, dans une perspective intersectionnelle. Pour prendre la mesure des effets du biais de perception favorisant les hommes et leurs productions littéraires au détriment des femmes et de leurs œuvres, le Comité Égalité compte mener une recherche sur la place des femmes dans divers secteurs du monde du livre (édition, librairie, réception critique, prix littéraires, enseignement). Cette recherche vise à fournir les outils qui permettront de promouvoir l’égalité hommes-femmes dans le monde du livre. Le Comité Égalité se veut également un observatoire de l’équité dans le milieu du livre.

Considérant que l’atteinte de l’égalité nécessite l’engagement de chacun·e ainsi que la mise en œuvre de moyens concrets, le Comité Égalité compte travailler avec plusieurs partenaires, dont le regroupement Femmes en création qui rassemble une douzaine d’associations artistiques.

Le comité vous tiendra au courant de l’évolution de ses travaux.
 

  1. Claire Varin

    Bien heureuse de cette nouvelle.
    Il y a une inégalité flagrante et persistante relativement à la réception critique des oeuvres de femmes.

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