Artistes mobilisés pour un revenu minimum garanti

Les effets de la pandémie de la COVID-19 sur les artistes sont dévastateurs : professionnels privés de travail et de revenus, lieux de diffusion fermés ou déconfinés au prix de nombreuses restrictions, avenir incertain… Sans la Prestation canadienne d’urgence (PCU), nombre d’artistes et de pigistes n’auraient pas réussi à traverser cette crise. Et la PCU, justement, a relancé le débat sur le revenu minimum garanti.

En juin dernier, l’UNEQ a été approché par trois artistes visuels ontariens, Craig Berggold (associé à l’Ontario Basic Income Network), Zainub Verjee et Clayton Windatt, qui ont rédigé une lettre publique au premier ministre Justin Trudeau réclamant la création d’un revenu minimum garanti permanent. L’UNEQ a signé cette lettre en juillet avec une trentaine d’associations (représentant environ 75 000 artistes) et près de 280 personnalités — cliquez ici pour lire la lettre.

Le revenu minimum garanti (aussi appelé allocation universelle, revenu de base ou de citoyenneté, impôt négatif, etc.) est une somme d’argent régulièrement versée à tous les citoyens, à vie, peu importe leur présence ou non sur le marché du travail, pour s’assurer qu’ils ne sombrent pas sous le seuil de pauvreté.

Les partisans de cette redistribution de la richesse collective mettent de l’avant les principes de la liberté et de l’égalité en droits, la nécessité de mieux soutenir les étudiants, les chômeurs, les handicapés, les réfugiés, les familles monoparentales et autres ménages défavorisés, ainsi que la volonté de remplacer des programmes de transferts sociaux mal adaptés ou inéquitables pour, en bout de ligne, éradiquer l’indigence.

Pierre-Luc Landry

« Ça fait des décennies qu’on en discute et, actuellement, il y a un momentum grâce à la PCU », se réjouit Pierre-Luc Landry, écrivain, professeur de littérature et, à l’UNEQ, un membre du conseil d’administration particulièrement impliqué dans ce dossier.

La discussion, en effet, remonte assez loin dans le temps. Dès les années 1940, l’Union catholique des cultivateurs (qui deviendra l’Union des producteurs agricoles) et un parti politique, le Bloc populaire canadien, prônaient la création d’un revenu minimum garanti. En 1968, aux États-Unis, plus de 1 200 économistes ont fait parvenir au Congrès une pétition en faveur du revenu minimum garanti ; un projet de loi à cet effet déposé en 1972 par le gouvernement de Richard Nixon a été rejeté par le Sénat. En Europe, le revenu minimum garanti rallie depuis les années 1990 des tendances politiques variées (écologistes et altermondialistes, économistes libéraux et intellectuels conservateurs), regroupées dans des réseaux militants.

Un projet-pilote de revenu minimum garanti a été mené auprès de 1 400 familles de Winnipeg et de Dauphin (Manitoba) de 1974 à 1979. Plus près de nous, un autre projet-pilote a eu lieu en 2017-2018 dans trois villes de l’Ontario, soit Hamilton, Lindsay et Thunder Bay.

« Ce que les projets-pilote ont démontré, c’est que les citoyens sont plus aptes et plus motivés à contribuer à la société parce qu’ils sont moins vulnérables, ils ne sont plus constamment préoccupés par le loyer à payer », explique Pierre-Luc Landry. « Le revenu minimum garanti protège la dignité humaine et rend aussi les individus plus généreux. »

« Peut-être est-ce vrai qu’avec un revenu minimum garanti, moins de gens voudront travailler au salaire minimum », poursuit Pierre-Luc Landry. « Ça révélera l’absurdité du salaire minimum, qui est trop bas pour permettre de vivre décemment. »

Un revenu de base pour tous les citoyens, y compris les artistes

Un sondage mené en 2018 auprès des membres de l’UNEQ a démontré que le revenu moyen tiré de leurs activités littéraires n’était que de 9 169 $ et que le revenu littéraire médian était inférieur à 3 000 $. En 2019, plusieurs membres de l’UNEQ ont signé une Déclaration des autrices et auteurs contre le travail gratuit et ont appuyé la campagne Une vie sans art, vraiment ? Un revenu minimum garanti pour tous, dans ce contexte, est sans contredit une piste à explorer.

« Pour la plupart d’entre nous, un revenu minimum garanti ferait une énorme différence sur notre capacité à se concentrer sur notre travail d’écriture », plaide Pierre-Luc Landry. « Certains mettraient de côté un emploi alimentaire qui gruge leur temps consacré à l’écriture. Pour d’autres, ce serait une source de revenu sécuritaire qui viendrait s’ajouter à des contrats à la pige. »

Une semaine internationale d’action en faveur du revenu minimum garanti se déroulera du 14 au 20 septembre 2020. Une manifestation devant la colline du Parlement à Ottawa est prévue le 19 septembre. Les citoyens seront invités à écrire à leur député.

« À la Chambre des communes, on parle de plus en plus de la possibilité d’instaurer un revenu minimum garanti. Le début d’un temps nouveau, ça pourrait être aujourd’hui ! », conclut Pierre-Luc Landry.

Pour en savoir plus :

 

2 commentaires sur “Artistes mobilisés pour un revenu minimum garanti

  1. Louise Cadieux

    Étant une aînée de 74 ans, je reçois la Pension du Canada, la Sécurité de la Vieillesse et le Supplément de Revenu Garanti… Ça me fait 20 000 $ par année… C’est-à-dire 1 690 $ par mois… Et quand il y a des imprévus à rencontrer comme les frais cachés de cellulaire, d’électricité et autres, et quand on a à investir dans notre travail d’écrivain ou d’artiste, il s’avère que 2 000 $ par mois n’est pas suffisant, mais c’est toutefois une base très valable pour les écrivains et les artistes qui pourraient arriver à établir des critères valides pour le temps attribué à la création et au travail de publication et à toutes les activités supplémentaires requises pour la promotion de leurs livres, de leur art…

  2. Sylvie Morel

    Il serait, de loin, préférable de donner aux artistes une protection sociale les protégeant véritablement contre les risques sociaux, comme le chômage (en élargissant la couverture de l’assurance-emploi aux travailleuses et travailleurs indépendants, par exemple ; le gouvernement canadien s’y emploie actuellement, mais de manière provisoire ; en haussant le montant de la sécurité de la vieillesse, du supplément de revenu garanti et du régime des rentes du Québec, un autre exemple) que de leurrer tout le monde avec un revenu universel qui risque d’être d’un montant beaucoup trop faible pour permettre de vivre décemment (ou même de sortir de la pauvreté) (il serait bien inférieur à 2000 $). Mais aller dans ce sens est beaucoup plus dérangeant qu’opter pour un « revenu minimum garanti » à rabais, car cela exigerait de mettre à contribution les entreprises par des cotisations patronales beaucoup plus élevées que ce n’est le cas à l’heure actuelle (et de mobiliser les ressources publiques pour financer une partie des cotisations salariales). Une réforme gênant beaucoup plus les pouvoirs en place que la simple distribution d’un revenu minimal, qui a l’avantage de mettre le système à l’abri des transformations fondamentales (comme aussi l’obligation de développer pour de vrai la large gamme des services publics à offrir gratuitement à l’ensemble de la population, avec des salaires décents pour les travailleuses et travailleurs concernés). Et ce n’est que l’un des nombreux arguments allant à l’encontre d’un revenu universel (https://www.ledevoir.com/opinion/libre-opinion/579935/le-miroir-aux-alouettes-du-revenu-universel).

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ceci HTML tags et attributs

<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>