Mot de la présidente — mai 2017

Par Suzanne Aubry, présidente de l’UNEQ

Dans les romans comme dans la vie, il y a des retournements qui nous prennent parfois par surprise. À la suite du départ de Réjane Bougé, j’ai été élue par le conseil d’administration de l’UNEQ à titre de présidente afin de poursuivre le mandat de Mme Bougé jusqu’en décembre 2018. J’entends mettre en œuvre d’excellents projets qu’elle a amorcés, notamment un comité sur la diversité, un deuxième sur les finances de l’UNEQ et enfin un troisième sur le monde numérique, afin de mieux comprendre ses implications dans la chaîne du livre.

© Julien Faugère

En tant qu’auteure dramatique, scénariste et romancière, j’ai participé activement à la vie associative liée à ces métiers d’écriture. J’ai siégé au Centre des auteurs dramatiques (CEAD) et contribué à la fondation de l’Association québécoise des auteurs dramatiques (AQAD), j’ai été présidente de la Société des auteurs de radio, télévision et cinéma (SARTEC) pendant quatre ans et membre du c.a. de l’UNEQ pendant les six dernières années. Ces expériences m’ont permis d’observer la grandeur et la misère du statut des auteurs face à une industrie culturelle qui n’a de cesse de se déployer en utilisant nos œuvres, sans pour autant toujours reconnaître l’importance de notre apport.

Je suis consciente de l’ampleur de la tâche qui m’attend, mais je l’accomplirai avec passion, patience et ténacité, en tâchant de faire avancer les dossiers qui me tiennent à cœur.

L’un de ceux-ci est l’amélioration des conditions socioéconomiques des écrivains et la défense de leurs droits d’auteur. Ainsi, l’UNEQ a amorcé depuis près de trois ans des rencontres avec les éditeurs (représentés par l’Association nationale des éditeurs de livres, l’ANEL). Ces rencontres, accompagnées par le ministère de la Culture et des Communications et la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC), ont permis à nos deux associations de parler de façon ouverte et constructive des pratiques contractuelles des éditeurs et des conditions d’exploitation des droits accordés par les auteurs.

Nous avons réussi à accomplir plusieurs bonnes choses. La première : l’UNEQ et l’ANEL ont établi un modèle de reddition de comptes qui permettra aux auteurs d’avoir des rapports de ventes de leurs livres clairs et détaillés. Le seul hic, c’est que ce formulaire, tout en faisant maintenant partie de l’engagement de l’éditeur dans la politique de la SODEC, n’est pas obligatoire. Pourtant, on parle d’argent public ! Durant ma présidence, je ferai tous les efforts pour que ce modèle de reddition de comptes minimal devienne une référence incontournable, ce qui sera à l’avantage tout autant des éditeurs que des écrivains, car qui pourrait être desservi par davantage de clarté et de transparence ?

Une deuxième bonne chose réalisée durant ces discussions : l’ANEL et l’UNEQ ont établi un lexique des termes usuels utilisés dans les contrats d’édition et les redditions de comptes. Le grand avantage de ce lexique, c’est qu’il clarifie le sens à donner à des mots aussi importants que « licence », « résiliation », « à-valoir », « droits ». Ce lexique est une référence essentielle pour la négociation de vos contrats, car l’utilisation de termes communs, définis par les auteurs et les éditeurs, permet d’éliminer (ou presque) l’ambiguïté qui régnait auparavant. Je vous invite d’ailleurs à lire la série d’articles très instructifs que Danièle Simpson, la secrétaire-trésorière de l’UNEQ, publie dans L’Unique à ce sujet.

Un autre dossier important : le ministère du Patrimoine canadien entreprendra une révision de la Loi sur le droit d’auteur. Sous le gouvernement conservateur, de nombreuses exceptions avaient été introduites, favorisant les utilisateurs au détriment des créateurs. L’UNEQ interviendra de façon active avec le DAMIC, un regroupement de 13 associations professionnelles d’auteurs et d’artistes interprètes représentant plus de 50 000 titulaires de droit d’auteur québécois, afin de revenir à une loi plus équitable, qui protège véritablement les auteurs.

Et il ne faut pas oublier le chantier sur la loi 51 du livre, dont la révision des règlements sera confiée au Conseil consultatif de la lecture et du livre (CCLL). L’UNEQ souhaite collaborer activement avec le CCLL au processus de révision de cette loi et être consultée sur tout changement à la loi que le Conseil pourrait recommander. Au premier chef, il est essentiel que le parfait paiement des droits d’auteur fasse partie des conditions d’agrément des éditeurs, comme le recommandait d’ailleurs Denis Vaugeois dans son rapport. Les écrivaines et écrivains doivent être reconnus comme des partenaires à part entière dans la chaîne du livre. Sans auteurs, il n’y a pas de littérature !

Il est également impératif que le budget du Conseil des arts du Québec soit augmenté afin que les auteurs soient mieux soutenus dans leur démarche d’écriture ainsi que dans la diffusion de leurs œuvres. L’UNEQ a récemment fait circuler auprès de ses membres une lettre du CEAD (Centre des auteurs dramatiques) enjoignant le ministre de la Culture et des Communications, M. Luc Fortin, d’injecter 40 millions de dollars supplémentaires au budget du Conseil des arts et des lettres du Québec et ce, dès maintenant.

Bref, j’aurai beaucoup de pain sur la planche ! Je ne réinventerai pas la roue, mais je pousserai dessus très fort pour que les choses changent, en poursuivant un dialogue ouvert et constructif avec l’ANEL et avec tous les autres intervenants de la chaîne du livre, autrement dit, nos partenaires.

8 commentaires sur “Mot de la présidente — mai 2017

  1. Jeannette Lanthier

    Félicitations Suzanne! Bonne journée.

  2. Robert Leduc

    Bravo et félicitations Suzanne, bonne chance et bon succès.

  3. Suzanne Aubry

    Merci, Jeannette! C’est très gentil à toi… :)

  4. Dominique Girard

    La reconnaissance du statut de l’écrivain-e est toujours d’actualité. Courage pour ce mandat! Vous n’en manquez certainement pas.

  5. Bernard Larin

    Félicitations pour votre élection, Madame Aubry. Je vous souhaite beaucoup de succès au cours de votre mandat.

    J’apprécie votre propos d’autant qu’ayant publié un premier ouvrage, j’ai vu les offres de deux maisons d’édition pour la publication de cet ouvrage et franchement, je me suis senti comme auteur, malvenu de vouloir changer quoi que ce soit au calcul des droits d’auteur, ou à la reddition de compte.

    Avec mon prochain livre, j’ai revécu la même situation avec une troisième maison d’édition qui s’y est intéressé. Cette fois, pour supposément se prémunir contre la concurrence, on me proposait un contrat de 15 ans pendant lesquels, et je cite: «L’Auteur s’engage, pendant la durée du présent contrat, à ne publier, seul ou en collaboration avec des tiers, aucune œuvre dont le titre, la matière ou la présentation seraient analogues à l’Ouvrage ou qui en constitueraient une imitation déguisée, tant que l’Éditeur exercera ses droits.» J’ai vérifié auprès de la permanence de l’UNEQ ma compréhension de cet article du contrat proposé. «La matière» signifiant le propos de mon livre…. en l’occurrence, la méditation. Je ne pourrais pas écrire pendant 15 ans sur la méditation. Je trouve débilitant qu’on fasse ainsi fi du chaînon «producteur de contenu» et qu’on veuille à ce point asservir les écrivains, les auteurs. Sans compter sur le compte-rendu des redevances, sans aucun recours de l’auteur, que de devenir «l’assiégeant» de l’éditeur pour savoir combien de livres ont été vendus? format écrit? format électronique? à l’étranger? Aucune forme de transparence de la part de l’éditeur… Et pas de moyen pour vérifier.

    Est-ce que la publication commentée publiquement sur une plate-forme de médias sociaux des offres de contrat des éditeurs pourrait aider? Autres moyens? Obligation d’un contrat type entre les éditeurs et les membres de l’UNEQ?

    Bref, le rapport de force des auteurs et écrivains est à son plus bas. Je souhaite que cela soit modifié. Si je peux contribuer à l’améliorer, madame la Présidente, je me ferai un plaisir d’apporter mon soutien et s’il y a lieu, du temps.

    Cordialement vôtre,
    Bernard Larin

  6. Suzanne

    Oui, en effet, Dominique Girard, la reconnaissance du statut de l’écrivain-e est une bataille qui ne date pas d’hier, et continue à être une priorité pour l’UNEQ.

  7. Martin Bouffard

    Bravo. Je suis nouveau dans le métier. C’est rafraichissant et ca apporte un vent d’optimisme à nous tous de lire votre mot.

    Martin Bouffard

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